La Société des gens de lettres de France vient d’attribuer son Grand
prix de poésie d’automne au poète libanais francophone Mme Nohad Salameh,
pour l’ensemble de son œuvre et en particulier pour ses deux derniers
recueils : La revenante (éditions Voix d’encre), illustré par Mme Nadia
Saïkali, et Baalbeck, les demeures sacrificielles, bilingue, traduit en
arabe par le Dr Antoine Maalouf (éditions du Cygne).
Nohad Salameh, auteur d’une quinzaine de recueils et d’essais, comme
Rimbaud l’oriental et Proche-Orient, la quête du lieu, réside à Paris
après une carrière dans la presse francophone de Beyrouth. Elle a reçu
précédemment le prix Louise Labé pour L’autre écriture.
Nohad Salameh est née à Baalbek (Liban) en 1947. Elle s’est installée à Paris en 1989. Elle a publié une quinzaine de recueils, parmi lesquels Les Enfants d'avril (Le Temps Parallèle, 1980), Folie couleur de mer (Le Temps Parallèle, 1983), L’Autre Écriture (Dominique Bedou, 1987 ; prix Louise-Labé 1988), Chants de l'avant-songe (L'Harmattan, 1993), La Promise (Cinq Continents, 2000), La Revenante (Voix d’encre, 2007) et Baalbek : les demeures sacrificielles (Éditions du Cygne, 2007).
L’INTERVALLE
« […]
Venus de plus loin que l’enfance
À bout de départs et de retours
De chutes et d’assauts
Nous basculons dans la blancheur unanime
Ni sanglot
Ni amertume
Pas même un bruissement
Mais l’intervalle.
Nous nous réveillerons peut-être
En une danse de sable
À l’écart de nous-mêmes
Avec un visage anonyme
L’éternité au fond de la gorge.
Nous revenons de tant de comas
De la conjonction des voix et des silences
Du lointain et du proche
De ce lieu où quelqu’un marche
Si léger, si invisible
Qu’il traverse nos murs de part en part
Sans égratignure
Ou lézarde.
Nous revenons du temps inhabité
À l’écoute du fruit
Au cœur d’une saison sans tumulte
Nous céderons aux rescapés
La respiration pathétique des montagnes. »
D.R. Nohad Salameh
Nohad Salameh, « L’intervalle » (extrait), in Siècle 21 n° 11, Écrivains libanais d’aujourd’hui, automne-hiver 2007, pp. 46-47.